Cutty Sark (1869)

Le Cutty Sark à son lancement en 1869. Il a été classé patrimoine mondial par l'UNESCO en 1997

Le magnifique Cutty Sark restera comme le dernier témoin d'une des époques les plus prestigieuses de la marine à voile, celle qui vit leur dernier - et plus flamboyant - baroud d'honneur, avant que les vapeurs ne les excluent définitivement des mers. Ils incarnent la quintessence d'un savoir-faire et de traditions développées pendant près de mille ans. On vit encore des grands voiliers marchands jusqu'aux années 30, mais ces derniers n'étaient plus que de grands baquets en acier avec des treuils à vapeur et voilures simplifiées, et la vitesse n'était plus une priorité comme en ce temps-là. Car si les Clippers sont devenus célèbres, on le doit d'abord et avant tout à leur première raison d'être : Transporter des denrées périssables plus vite que tout ce qui avait pu flotter jusque là. A cette époque, il y avait bien des navires rapides, des côtres, des yachts, mais leur voilure restait limitée et leurs performances passaient par le mariage d'une coque réduite avec une surface portante des plus considérables. Leurs dimensions étaient trop limitées pour devenir rentables en transportant des marchandises.

Les premiers transports rapides à s'appeler "clipper" (to clip en anglais signifiait couper, allusion à la finesse légendaire de leurs formes), étaient ceux de Baltimore. Ces bricks-goélettes élancés furent aussi des négriers, transports de contrebande, corsaires, forceurs de blocus... Vers 1850, alors que les premiers vapeurs se répandaient rapidement, avec des lignes ouvertes depuis déjà plus de 10 ans, un nouveau souffle gagna le monde des "voileux", imposé par les loix de la rentabilité marchande. Les vapeurs n'étaient pas toujours fiables, gourmands, pas toujours rentables (leur cale était réduite pour l'emport du charbon), et de plus, dangereux (les explosions de chaudières étaient monnaie courante). D'un autre côté, les bricks-goélettes formaient le gros de la flotte de commerce mondiale, et certains chantier étaient réputés pour leurs grands brigantins de charge. Tous se caractérisaient par une coque en section en "V", une résurgence de la construction navale Scandinave ancienne. Ils perdaient en charge utile et stabilité, mais leur finesse hydrodynamique leur donnait des vitesses impressionnantes pour l'époque. Les corvettes militaires finirent d'ailleurs par adopter nombre de leurs innovations, et de fait, dans les années 1830, la plupart de ces clippers de virginie étaient armés de quelques pièces d'artillerie. C'est le commerce de la laine et du thé qui vont amener vers 1840 de nombreux chantiers à ajouter des mâts et voiles à ces clippers, qui passent de 30 à 50 mètres et rapidement 60. C'est le début d'un âge d'or qui atteint son point culminant entre 1845 et 1857...

Les Américains sont les premier à mettre en oeuvre ces grands trois-mâts carrés très rapides. La ligne la plus fructueuse ne fut pas celle du Thé en mer de Chine jusqu'en Californie mais de la côte ouest jusqu'en Californie, en passant par le cap Horn, celui des immigrants et chercheurs d'or à partir de 1848. Le voyage est relativement périlleux, mais l'appât du gain est tel que les voyageurs payent très cher leur aller simple... En 1850, le phénomène se répête en Australie, qui va connaître une nouvelle vague d'émigration massive, un apport décisif pour cette colonie pénitentiaire oubliée, mais surtout la laine, qui devient le commerce le plus lucratif du moment... En 1852, une célèbre course oppose 15 clippers qui passent le la côte est à la côte ouest, à san Francisco, naturellement en passant par le cap Horn, le vainqueur étant le formidable Flying Cloud.

En 1850 également, les Anglais pour la première fois, se joignent à la compétition et construisent alors tour des clippers, toujours en bois, mais en 1863 des armatures en acier, des coques doublées de cuivre, une longueur inférieure, mais un rapport de 7 pour 1 qui les rendent encore plus véloces. Si jusque là la "course de l'opium" ne nécéssitait que des navires de tonnage moyen (250 à 400 tonneaux), l'engouement des Britanniques pour le thé frais donne des idée aux armateurs du Royaume-Uni qui se lançent dans le financement de voiliers beaucoup plus gros, 700 à 800 tonneaux. La course du Thé la plus célèbre à lieu en 1866: C'est un véritable régate opposant quinze Clippers et quinze capitaines, sur une route longue, difficile, mais avec un aller-retour qui doit se limiter à une centaine de jours de mer au plus. Un seul parvient à emporte en 99 jours le coq d'or : Le Teaping. De nouveaux bâtiments sont construits chaque année, toujours mieux voilés, plus vastes et plus sveltes. C'est une course technologique avant tout motivée par l'appât du gain: Celui qui arrive le premier tient les cours des marchandises transportées... dans l'Angleterre Victorienne du grand capitalisme boursier naissant, ce n'est pas un hasard...

C'est dans ce contexte que naît le fameux Cutty Sark. Construit à Dumbarton en Ecosse, par ordre de son armateur, J.Willis en Londres, dessiné par Hercules Linton, jeune architecte de talent, il mesure 98 mètres hors tout pour 80 de coque, 11 de large et 1000 tonneaux. Malgré un tirant d'eau de pas moins de 7 mètres, ses 3000 mètres carrés de voiles sur ses trois phares carrés font de lui un superbe lévrier des mers, et la fierté des chantiers Dennys Brothers à son lancement. Ironie du sort, alors que près d'une centaine d'autres clippers sont lancés dans le monde, la canal de suez voit sa construction s'achever, ouvrant une perspective de plus aux vapeurs. Passant ses essais avec brio, le clipper Britannique est très vite envoyé pour sa première traversée vers la Chine. Il s'opposera plusieurs fois à son principal rival, le Thermopylae, sans jamais parvenir toutefois à le vaincre, du fait de la malchance ou de mauvaises brises. Pourtant le Cutty Sark (un nom étrange, venant de légendes Ecossaises, et évoquant le mystère et la vitesse) est réputé très bon marcheur, avec 9 noeuds de moyenne et parfois jusqu'à 15 sur des centaines de nautiques. La plus homérique de ses confrontations avec le Thermopylae survint en 1872 sur le trajet de retour de Chine vers Londres, avec pour plus d'un million de livres de thé à bord. Les deux fiers navires ne parviendront jamais à prendre l'avantage jusqu'à ce que le Cutty Sark prenne la tête de 400 milles, malheureusement la perte de son gouvernail et une réparation de fortune ne le feront arriver qu'une semaine après son challenger, après 122 jours de mer. 8 voyages vers la chine seront effectués au total, le Cutty sark parvenant à battre son propre record en 107 jours de mer. Puis il passa en 1878 au transport de laine sur la ligne melbourne-Londres, qui faisait encore parfois l'objet de régates. Mais la rentabilité commerciale déclina encore avec le percement du canal de panama, le le solide trois-mâts devint un transport de charbon avant d'être revendu sous le nom de Ferreira à des Portugais. Il connut encore des vicissitudes, s'échoua, fut modifié plusieurs fois, avant d'être racheté en 1922 par Wilfred Dowman qui en fit un navire-école et le restaura.

En 1954 ses héritiers ne font don à la ville de Greenwich via une fondation et il est mis dans une cale de radoub à sec. Il y restera depuis cette époque, étant classé en 1997 au patrimoine de l'UNESCO. Mais en 2006, le beau navire fut classé chef-d’œuvre du patrimoine britannique en péril, et fit l'objet dun projet de restauration qui devait s'achever en 2009, avec une réouverture au public incluant sa surélévation de trois mètres avec des infrastructures d'exposition en dessous, notamment pour que le public puisse voir la finesse de sa carène. Tous ce qui avait de la valeur fut débarqué et mis à l'abri dans un entrepôt, mais dans au petit matin du 21 mai 2007, un incendie se déclara dans la coque, dont l'origine reste accidentelle, mais qui brûla une grande partie de l'intérieur de la coque avant que les pompiers ne maîtrisent les flammes. Les dégâts ne sont pas irréparables, mais grèveront un peu plus les travaux de réfection, estimées actuellement à près de 45 millions de livres sterling... Mais qu'est ce que cela représente pour la relique authentique des pages les plus glorieuses de la marine à voile ? ...

 
fermer la fenêtre