Le Savannah (1819)

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Le Savannah arrivant aux USA, (crédits : www.sip.armstrong.edu).

Ce vapeur, que l'on peut considérer comme le tout premier transatlantique, fut l'invention commune de l'ingénieur Stephen Vail, qui avait travaillé avec Stephens et Fulton, et le commandant Moses Rogers, un visionnaire favorable aux vapeurs. Les deux hommes fondèrent la Savannah steamship Cie autour du rêve de construire de d'exploiter le premier navire transatlantique. Révolutionnaire, le navire l'était par rapport aux vapeurs de son temps dans le sens où il conservait toute la mature classique d'un navire à passager à voiles seules de l'époque, sa machine étant vue comme "auxiliaire". De cette façon, la voile assurait l'essentiel de la propulsion, la machine prenant le relais dès que les conditions de vent n'étaient plus favorables. Il en résultait aussi une économie de place grâce à la quantité inférieure de charbon embarquée, mais aussi une régularité du service qui ouvrait de nouvelles perspectives à la navigation commerciale. Enfin le concept était relativement sécurisant à l'époque ou explosions et pannes de machines étaient monnaie courante.

Construit par le chantier Fickett & Crockett, à Corlears Hook, de New York, le navire assez conventionnel magré un tirant d'eau légèrement supérieur, machines oblige, ne mesurait que 30 mètres de long pour 8 de large et 320 tonnes. Modeste, mais les clients payaient cher pour une telle traversée, plus rapide qu'aucun autre navire, dans des aménagements d'un luxe inédit à l'époque, seulement égalé par certains yachts... Sa cheminée était orientable selon la diection du vent pour éviter que ses fumées ne noircissent les voiles et ses roues actionnées par chaînes, démontées et placées sur le pont en cas de traversée à la voile seule, leur pivot et amarrage étant amovibles dans la coque. Rogers, qui était un passionné de mécanique, assista de près à la construction, inspectant avec la plus grande attention chaque pièce de machine, construite chez Boulton et Watt en Angleterre, alors la firme la plus réputée au monde.

Fin février 1819, le vapeur effectua ses premiers essais, avec un franc succés. Le concept semblait validé pour ses promoteurs. Le 28 mars, le navire quitta Savannah pour son port d'attache à New York, recevant les éloges enthousiastes de la presse et la visite du président Monroe en compagnie du minsitre de la guerre, John Calhoun. Le premier suggéra que le gouvernement l'xploite sur la ligne passant par les côtes de floride, mais la piraterie Cubaine était considérée à l'époque comme rendant cette exploitation dangereuse. Sur le plan commercial en revanche, les débuts du Savannah furent calamiteux. Faute de trouver un équipage, effrayés par le mélange de la vapeur et du gréément traditionnel, et du surnom de nombreux marins de "cercueil à vapeur", choisirent de recruter dans la ville de new London, où le premier maître Stephens Rogers pensait comme le commandant trouver des hommes fiables. L'équipage recruté, restait à convaincre les passagers, rebutés par le concept et le mélange voile/vapeur, malgré le confort annoncé.

Finalement le 22 mai 1819, les passagers et léquipage à bord, le navire effectuait sa première travsersée, un voyage inaugural qui allait le mener de New York à l'Angleterre, la Suède, la Russie. Le peu d'habitude de voir de la fumée au milieu des mâts, allait faire signaler au veilleur d'une station Irlandaise à son arrivée un incendie à bord... S'ensuivit une épique tentative de "sauvetage" du Kite, dont la seule manière trouvée de freiner le navire "en perdition", avait étée de tirer des coups de semonce à la proue, comme le raconta amusé dans son journal le commandant Rogers. L'arrivée à Liverpool fut chaleureuse, la presse étant plus enthousiaste et fair-play que les officiels. La traversée avait duré 28 jours, dont 18 à la vapeur, la machine ayant été parfaite, mais cette durée supérieure à celle de nombreux navires à voile sur la même distance était imputée à la météo. Le navire était en effet deux fois plus rapide à la voile... Quand au relatif froid des autorités officielles, elles étaient imputées non au succés américain, honnêtement reconnu et le navire visité avec une joie sans mélange, mais à des rumeurs plus ou moins fantaisistes selon lesquelles le navire était un cadeau du gouvernement Américain au Tsar de Russie, ou devait être loué par Jérôme Bonaparte pour délivrer son demi-frère de son long exil à Saint-Hélène...

L'arrivée du Savannah en Suède ne fut pas moins enthousiaste. Le Roi Charles XVI (anciennement le maréchal Bernadotte) offrit d'acheter le navire pour 100 000 dollars, ce que le commandant Rodgers déclina, estimant le coût total du navire et de son exploitation, largement supérieurs... Pendant sa traversée vers la Russie, en Baltique, il enthousiasma un de ses passagers, Lord Graham, fameux général de Wellington, qui observa étonné et enthousiasmé la rapidité avec laquelle le navire passa du mode "voile" au mode "vapeur", en moins d'un quart d'heure... A Saint-Petersburg, l'accueil fut plus grandiose encore. Le Tsar et sa cour enchaînèrent les "parties de mer" et croisières à bord du navire. Ce dernier fit une proposition encore inédite, pas même rêvée par un Fulton, des années plus tôt : La concession commerciale exclusive des eaux Russes, de la baltique au Pacifique. En bon père de famille, laquelle était restée au pays, Rodgers déclina l'offre, non sans regrets...

A son retour, le faeux navire passa par Copenhague et la Norvège. Mais sur le long terme il fut un échec commercial. Sans doute la clientèle n'était pas prête. Il n'y eut pas d'autres tentatives d'exploitations transatlantique de la part des Américains avant 1845 sur des navires comparables. Dépité, Stephen Veil ne fut jamais payé totalement des investissements faits sur ce navire, dont la situation s'était aggravé pour la compagnie, victime du grave incendie qui dévasta la cité de Savannah. On tenta de vendre le navire au gouvernement Américain, mais le président Monroe, jadis favorable, déclina finalement. Le navire fut quand même finalement exploité commercialement sous les ordres d'un nouveau commandant, mais au bout de deux ans, s'échoua et fut perdu définitivement sur des récifs de Long Island. Ainsi s'acheva une glorieuse tentative pionnière, mais sans suites, avant la frénésie du "tout vapeur" à partir de 1890, qui allait définitivement révolutionner la traversée de l'Atlantique.

 
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