France II (1911)

Le France II à Bordeaux en 1912, prêt pour ses premières traversées. (Img. Wikipedia LDD)

Les commerce maritime à voile, initié dès 1840 avec les Britanniques et Américains et leur Clippers, commença à changer de nature après l'ouverture du canal de Suez, de même que la fiabilité progressive des vapeurs et l'introduction des treuils à vapeur et des coques en acier. Il devenait possible de construire des cargos à voile plus vastes de jamais. Tant que le charbon prenait une place rhédibitoire dans les cales de navires, ces derniers se limitaient en général à un transport "mixte", tels les packet-boats, ancêtres des paquebots...

Mais le transport de fret et en particulier de pondéreux ou de marchandises en masses ou périssables, restaient de domaine quasi exclusif de la marine à voile. Les "Tall Ships" ou en Français "Grand-voiliers" de 1880 à 1914 connurent ainsi un dernier âge d'or. A partir de 1880 en effet la sidérurgie permit de systématiser la construction acier pour presque toutes les pièces lourdes du navire, les rendant plus légers, plus vastes et plus sûrs. Les formes elles, n'évoluèrent que peu. Les cargos à mâts multiples de cette époque misaient encore sur la rapidité, et la multiplicité de son gréément restait gérable par un équipage réduit grâce à l'automatisation mécanique. A terme, ces navires dérivèrent vers les "Baldheader" ou "avant-plats", qui tenaient plus de la péniche géante à voile que du clipper, misant sur le tonnage plus que la vitesse...

La France tira aux côtés de l'Allemagne très bien l'épingle du jeu et se constitua en 1914 une impressionante flotte commerciale à voile, alors la troisième en importance. Les armateurs des deux pays se disputaient notamment les lignes vers le Chili et ses précieux nitrates. C'est pour elles que furent lançés les fameux grands "P" Allemands, et leur fabuleux successeur, le gigantesque cinq-mâts carrés Preussen. Ils trouvaient forte conccurence des Français qui lançèrent un premier géant, le premier cinq-mâts barque Français, France I.

Construit par les chantiers Bordes en 1890, ce précurseur fut bâti pour un armateur de Glasgow. Il mesurait 110 mètres, était large de 15 et jaugeait 3800 tonneaux. Entièrement en acier avec deux ponts, il disposait d'un double-fond avec 450 tonnes d'eau servant de lest de stabilité. Une technique venant des charbonniers revenant à vide. Il pouvait surtout embarquer 6200 tonnes de nitrates et ses cales étaient servies par des treuils et grues à vapeur. Pour sa première traversée, il rallia Rio de janeiro en 32 jours, puis gagna iquique, principal port de chargement Chilien. Il fut perdu en mer en 1901.

Autre témoin de cette rivalité entre l'armateur de Bordeaux, A.D. Bordes & fils, et R.F. Leisz de Hamburg et ses fameux "P-Flyers", le Preussen, long de 147 mètres, resta le seul cinq-mâts carré qui ait jamais existé et prenant le titre de plus grand voilier du monde, tandis qu'en 1911 fut lancé l'impressionnant France II, long de 129 mètres entre perpendiculaires et 146 hors tout, mais large de 17, ce qui lui donnait un déplacement légèrement supérieur au Preussen et lui ravissait ce fameux titre, qu'il porta jusqu'a sa disparition en 1922 au large de la Nouvelle-Calédonie. Son équipage se montait à 50 hommes, ce qui en disait long sur l'automatisation des manoeuvres. Il disposait aussi de deux ponts et d'un lest d'eau important, et pouvait emporter 8000 tonnes de Nickel de Nouvelle-Calédonie ou 7000 de charbon. Ses 38 voiles donnaient un total de 6350 m2 face au vent.

Son heureux armateur était la SANM (Société Anonyme des Navires Mixtes (Prentout-Leblond, Leroux & Cie.)). Outre ses ponts en teck, ses proues et poupes plus longs qu'à l'ordinaire et lui donnant ses lignes élégantes, le France II disposait d'un magnifique grand salon entièrement capitonné et décoré de bois précieux, doté d'un piano, et de 7 cabines à passagers luxueuses. Il était aussi doté d'une bibliothèque, une chambre noire et une... salle de thallassothérapie, première en son genre sur un navire. L'armateur, mr. Prentout avait été en effet sensible à la nouvelle demande des fortunés désirant s'embarquer pour ses voyages, précurseur de la croisière telle qu'elle commençait à naître.

D'autres aménagements de pont étaient singuliers, et il reçut ultérieurement une machine Schneider de 900 cv, surtout destinée aux manoeuvres. Le grand navire, qui souleva l'admiration à l'époque, traversa sans encombres la première guerre mondiale, qui fut pour beaucoup d'autres fatale. Il ne possédait pourtant que deux modestes canons. Il franchit vaillamment et régulièrement les trois caps (horn, Bonnne-espérance et Leeuwin). En 1916, Mr. Prentout décéda et ses successeurs firent enlever sa machine auxiliaire pour alléger le navire, maximiser son emport, et donner la primeur à la voile.

En 1922 toutefois, alors que les cargos à vapeurs arrivés très nombreux sur le marché suite aux pertes de la marine marchande, la ligne du nickel n'était pratiquement plus rentable. Le navire, au retour de Nouméa, et par mer calme, herta un récif de la barrière de Ouano. Il s'échoua, incapable de se dégager. il fut heureusement évacué sans victimes, mais son nouveau propriétaire refusa d'envoyer un remorqueur, ne le jugeant plus rentable. Il resta donc sur place durant des années, et son épave fut familière aux marins qui passaient par cette route jusqu'en 1944, date ou sa grande coque fut bombardée par les forces Américaines...

Le France II, depuis, a hérité d'une aura que seul le temps peut conférer à des navires qui n'étaient que de grandes réalisations techniques utilitaires. L'association France II renaissance lança en 1995 le projet de réplique nommé "la France" du fameux navire, afin d'en faire un ambassadeur flottant de la Francophonie et surtout un représentant plus digne que le petit bélem dans les grands rassemblements de grands-voiliers...

Caractéristiques :

  • Déplacement: 10 540 PC
  • Dimensions: 128 m coque seule pp, 146 m HT x 17 x 8 m
  • Propulsion: Voile, cinq-mâts barque (6350 m2).
  • Vitesse: Na
  • équipage, passagers: 50 (55 en 1919)
  • Port en lourd: 7500 TJB

Liens :

>> Un projet ambitieux de grand-voilier moderne sur l'héritage du France II.

 
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